Canicules et vagues de chaleur
Les termes pic de chaleur, vague de chaleur et canicule sont souvent employés comme synonymes. Ils décrivent pourtant des phénomènes différents et il n’existe pas une définition scientifique universelle d’une vague de chaleur. Les seuils dépendent du climat local, de la population et de l’objectif : climatologie, santé publique, confort thermique ou résilience des bâtiments.
Pic de chaleur, vague de chaleur, canicule
Météo-France distingue :
- un pic de chaleur, épisode bref de 24 à 48 heures nettement plus chaud que les normales ;
- une vague de chaleur, plusieurs jours de températures anormalement élevées, caractérisés notamment à l’échelle nationale par des critères climatologiques ;
- une canicule, températures très élevées de jour comme de nuit pendant une période prolongée, avec un enjeu sanitaire évalué à l’échelle départementale.
Une méthode climatologique de détection n’est donc pas le système de déclenchement de la Vigilance canicule.
Source : Météo-France — Canicule, pic ou vague de chaleur : quelles différences ?
Des définitions adaptées à l’objectif
Approches sanitaires
Certaines définitions relient directement la chaleur à ses effets sanitaires. La méthode de Robinson1 utilise par exemple le Heat Index, calculé avec la température de l’air et l’humidité relative, et des seuils associés au stress thermique.
Approches climatologiques
D’autres méthodes définissent les vagues de chaleur par rapport à la distribution des températures du climat local. Une température exceptionnelle dans une région fraîche peut alors être extrême même si elle est habituelle ailleurs. Cette logique est utilisée par Ouzeau et al.2, dont la méthode sert à L’hypercube pour analyser les séries climatiques.
Les seuils de canicule en France
Pour la Vigilance canicule, il n’existe pas un seuil unique en France. Météo-France et Santé publique France utilisent des indices biométéorologiques départementaux, fondés notamment sur les températures minimales et maximales moyennées sur trois jours glissants et sur la sensibilité locale de la population.
À Toulouse, par exemple, Météo-France indique qu’une situation peut être qualifiée de caniculaire lorsque, pendant trois jours et trois nuits, les maximales dépassent 36 °C et les minimales 21 °C. Ces seuils aident à la décision, mais le niveau de Vigilance tient aussi compte d’autres facteurs et de l’expertise des prévisionnistes.
Source : Météo-France — Qu’est-ce que la Vigilance canicule ?
Une définition climatologique nationale
Pour caractériser les vagues de chaleur à l’échelle de la France, Météo-France utilise l’indicateur thermique national, calculé avec les températures minimales et maximales quotidiennes de 30 stations.
Une vague de chaleur nationale est identifiée lorsque :
- l’indicateur atteint 25,3 °C pendant au moins une journée ;
- il reste supérieur ou égal à 23,4 °C pendant au moins trois jours.
L’épisode se termine après trois jours sous 23,4 °C, ou dès un passage ponctuel sous 22,4 °C. Cette définition établit une chronologie homogène depuis 1947.
Détecter une vague de chaleur dans une série climatique
La méthode de Ouzeau et al.2 repose sur trois seuils issus de la distribution des températures quotidiennes d’une période de référence :
- $S_{pic}$ : percentile 99,5 ;
- $S_{deb}$ : percentile 97,5 ;
- $S_{int}$ : percentile 95.
$S_{pic}$ déclenche l’identification d’un épisode. Son début est recherché en revenant au premier jour au-dessus de $S_{deb}$. L’événement se termine après au moins trois jours sous $S_{deb}$ ou après un passage ponctuel sous $S_{int}$, qui marque une véritable rupture.

Source : Ouzeau et al.
Durée, intensité et sévérité
Une vague de chaleur se décrit par sa durée, son intensité et sa sévérité. Cette dernière combine la durée et l’écart au seuil :
$$ \text{Sévérité} = \frac{\sum_i (T_i - S_{\mathrm{deb}})}{S_{\mathrm{pic}} - S_{\mathrm{deb}}} $$où $T_i$ représente la température à chaque pas de temps de l’épisode.
Les vagues de chaleur observées en France
À l’été 2026, Météo-France recensait 54 vagues de chaleur nationales depuis 1947 : 17 avant 2000 et 37 depuis le début du XXIe siècle.
L’année 2026 en a connu trois, du 17 au 30 juin, du 4 au 19 juillet et du 28 juillet au 19 août. Ce dernier épisode a duré 23 jours, comme celui de juillet 1983. Parmi les épisodes marquants figurent aussi août 2003, juillet 2019 et les épisodes successifs de 2022.

Source : Météo-France — bilan de l’été 2026
Des vagues de chaleur plus fréquentes et plus sévères
Les observations montrent des épisodes plus fréquents et une saison des fortes chaleurs plus longue. Les projections indiquent une hausse de leur fréquence, durée et intensité avec le réchauffement. Dans une France à +4 °C, niveau de référence de la TRACC pour 2100, des événements aujourd’hui exceptionnels deviendront beaucoup plus courants.
Source : Météo-France — impact du changement climatique sur les vagues de chaleur
Détecter les canicules dans les projections climatiques
La méthode statistique peut aussi être appliquée à des projections. Machard et al.3 l’ont utilisée sur plusieurs décennies de données EURO-CORDEX issues de trois modèles afin d’identifier et de classer des vagues de chaleur et de construire des fichiers pour la simulation thermique des bâtiments.
Leur code Python est disponible sur GitHub .
Construire une canicule future pour la simulation
Une démarche possible consiste à choisir un horizon ou un niveau de réchauffement, sélectionner un ensemble de projections, détecter les vagues de chaleur, calculer leurs caractéristiques, puis sélectionner ou reconstruire un épisode représentatif dans une série horaire cohérente.
Le niveau testé doit être explicite : événement médian, sévère mais plausible, quantile donné ou plusieurs niveaux successifs. Cette approche est généralement plus informative que la sélection automatique de « la pire année ».
TMY, AMY et fichiers canicule : quel fichier pour quelle question ?
| Type de fichier | Question principale | Usage typique |
|---|---|---|
| TMY actuel | Comment fonctionne le projet dans le climat moyen actuel ? | Énergie, confort courant, dimensionnement |
| AMY | Comment se serait-il comporté pendant une année observée ? | Événement historique, validation |
| TMY futur | Comment fonctionne-t-il dans un climat moyen futur ? | Adaptation, consommations et confort |
| Fichier canicule future | Reste-t-il robuste pendant un extrême futur plausible ? | Résilience, surchauffe, stratégies passives |
Ces fichiers sont complémentaires : le climat moyen décrit le fonctionnement courant, tandis que les épisodes extrêmes testent les limites du projet.
Robinson, P.J. On the definition of a heat wave. J. Appl. Meteorol. 2001, 40, 762–775. Lien article ↩︎
Ouzeau, G., Soubeyroux, J.M., Schneider, M., Vautard, R., Planton, S. Heat waves analysis over France in present and future climate: Application of a new method on the EURO-CORDEX ensemble. Climate Services, 2016, 4, 1–12. Lien article ↩︎ ↩︎
Machard, A., Inard, C., Alessandrini, J.M., Pelé, C., Ribéron, J. A Methodology for Assembling Future Weather Files Including Heatwaves for Building Thermal Simulations from the European Coordinated Regional Downscaling Experiment (EURO-CORDEX) Climate Data. Energies 2020, 13(13), 3424. Lien article ↩︎